Les déplacements à vélo : tendance du XXIe siècle?

Vendredi 21 mars 2014
Mobilité durable
Cultural trail et routes séparées à Indianapolis - Indiana
Laura Pedebas
Cyclo-voyageuse
Yan Hébert
Cyclo-voyageur

Le XXe siècle s’est terminé dans une dictature de l’urgence, l’illusion que l’économie pouvait être à la base de toute chose, mais tout en apportant un cortège de problèmes socioéconomiques. À l’aube du XXIe siècle, une effervescence se met en route : le monde veut changer. Dès lors, sortir du cercle vicieux « perdre sa vie à la gagner » devient possible. C’est ce que nous avons souhaité découvrir en mettant nos vies en pause le temps d’un voyage... à vélo!

Deux voyages et une ville commune de départ : Québec (voir les parcours ci-dessous). Une rencontre à Yellowstone et un parcours commun depuis San Francisco. Yan1, concepteur mécanique intéressé par l’ensemble des modes de transport et leurs infrastructures, est parti le 4 juin, avec l’idée de rompre sa routine et de découvrir les États-Unis. Laura2, étudiante pour le développement des pistes cyclables3, a peaufiné son projet afin de mener une étude d’observation sur les infrastructures cyclables et leurs publics en Amérique.

Pourquoi partir?

Partir... Tout le monde en rêve. Mais ce n’est pas toujours évident de se lancer à la conquête de son vieux rêve et d’enfourcher un vélo pour partir à la découverte d’un monde nouveau. Bien plus rapide que de voyager à pied, le vélo reste bien plus lent que les transports en commun ou l’avion. Ce choix impose un rythme lent et donc de prendre le temps nécessaire. Il nous a fallu respectivement entre sept et huit mois pour parcourir les 15 000 km qui séparent Québec et Cancun, à comparer à un vol de 4 heures (sans escale). « Mais Cancun n’est pas l’objectif finalement, juste une ville repère. L’objectif étant uniquement le voyage en lui-même et tout ce qu’il nous apporte à travers les découvertes et les rencontres qu’il est impossible d’avoir dans un voyage plus classique », déclare Yan.

Chacun écrit sa propre histoire sur la route. Et tout le monde se laisse dépasser par ce voyage qui ne peut que nous faire changer. Nous avons rencontré beaucoup de gens, de toutes les classes sociales, de tous les âges et avec tous types de moyens de transport.

Et pourquoi le vélo alors?

Pour le défi sportif et le « vrai » voyage. Si la moto permet de se réapproprier la route, le vélo apporte un plus au challenge et est accessible à tous financièrement. Et même physiquement si l’on a assez de volonté. Le vélo est une fierté, car on utilise son corps et sa force pour avancer. Il est lié au mot liberté, car on va à peu près où l’on veut, on s’arrête où l’on veut. Il apporte une autonomie indéniable, car – en vraie tortue – tout est dans les sacoches. Il permet de revenir à l’essentiel, car chaque gramme devient une difficulté à tirer, alors on ne voyage qu’avec le minimum pour vivre (entre 20 et 30 kg pour toute une vie sur la route). Il change la notion du temps en ramenant un temps lent dans un monde où tous cherchent à aller toujours plus vite. Et si prendre le temps est une difficulté majeure pour la société d’aujourd’hui, c’est aussi la principale qualité du voyage à vélo. Avoir le temps de regarder, de contempler, d’être autonome et de pouvoir s’arrêter au hasard, dans des villes parfois bien moins touristiques, bien plus authentiques. En vélo, on mesure sa peine, on mérite donc ce que l’on voit. Un beau paysage, un bon endroit où poser sa tente ou une rencontre inattendue se révèlent les plus beaux cadeaux de la route.

Et sur la route?

Depuis le Canada jusqu'au Mexique, nous avons pu observer diverses initiatives pour développer l’usage du vélo. Cependant, ce qui nous a vraiment frappés, c’est que le cycliste n’a aucune place définie dans l’espace urbain. Sur la route, nous ne sommes pas de taille à affronter les voitures; et même les trottoirs nous sont interdits, car revendiqués par les piétons.

Il faudrait vraiment intégrer le vélo dans le Code de la route (ou de la rue). De fait, les aménagements spécifiques découleraient de cette première initiative, puis il y aurait toujours plus d’usagers qui encourageraient le développement d’aménagements spécifiques supplémentaires. C’est un travail de longue haleine, c’est certain, mais San Francisco est un bon exemple de réussite. Les citoyens ont réclamé de meilleures routes pour le vélo depuis 1896 et la ville fait indéniablement partie aujourd'hui des meilleurs exemples urbains nord-américains pour l’intégration du vélo.

Pour commencer, plus simples et plus économiques que les pistes cyclables, il y a les accotements. Ils offrent un espace spécifique et une distance entre vélos et voitures. En ce sens, quand nous avions le choix, nous prenions l’autoroute qui offre une plus grande sécurité grâce à un accotement important, en opposition à une petite route plutôt achalandée et sans espace où nous serions protégés.

Ensuite, mettre en place quelques avantages pour ceux qui se déplacent à vélo pourrait suffire à créer une dynamique vélo : une sorte de récompense pour avoir fait quelque chose de bénéfique pour venir jusque-là. Dans la plupart des parcs des États-Unis, non seulement nous payons le même prix d’entrée qu’une voiture, mais, en plus, nous avons régulièrement rencontré plusieurs difficultés dues au vélo, telles que l’impossibilité de traverser le parc Zion.

Et dans les villes?

Puis, dans les villes, nous avons vu le meilleur comme le pire. Les pistes cyclables manquent souvent de continuité dans les différents territoires. Et si les centres-villes sont parfois bien aménagés – comme à Cleveland ou Mexico City – les banlieues le sont rarement et sont difficiles, voire dangereuses, à traverser à bicyclette. D’autres magnifiques exemples ont su intégrer le vélo dans les aménagements de la route : Ottawa, Portland, Indianapolis, Denver.

Nous avons remarqué que le prêt de vélos en libre-service est populaire dans la plupart des grandes villes et que chacune complète ce travail par des événements qui donnent aussi un souffle de vie à la ville et ses citoyens. À Mexico City, en opposition aux problèmes de pollution importants et au surpoids de la population, entre autres, chaque dimanche, la municipalité ferme l’artère principale de la ville afin que les vélos et autres moyens de transport actifs puissent s’approprier la rue : une vrai « bike pride ». Le tout est couronné par divers événements sur la thématique de l’environnement et de la santé (distribution de boissons saines, cours gratuits de Zumba, etc.).

Et au sein des villes, ce sont ces projets qui nourrissent une dynamique sociale importante autour du vélo, comme la Feria du vélo à Montréal.

Peut-on parler de tendance?

Oui, le vélo aujourd’hui est une réelle tendance. Indirectement, il répond à des problèmes majeurs du XXIe siècle : aux crises écologique, économique, sociale, et même à l’obésité... Le vélo place ses usagers en contact avec l’extérieur. Il les rend plus proches de leur environnement et plus intéressés par les aménagements de la ville. Ainsi, les infrastructures qui en découlent – les pistes cyclables – permettraient, à grande échelle, de favoriser un aménagement des villes qui placerait l’individu au centre de la société (rues sans voitures, sans bruits, accès à la rue sans danger, investissement des piétons...)4. De plus, la propagation de nouveaux types de vélo (électriques, couchés, pliables…) permet plus de choix et donc de toucher de nouveaux usagers.

Sur la route, il est facile de se rendre compte de l’engouement général qui se met en place pour l’usage du vélo et du cyclotourisme. Et cela se confirme d’ailleurs lorsque l’on regarde les chiffres. L’association Vélo Québec annonce une augmentation de 14 % de cyclistes entre 2005 et 20105. L’association de cyclotourisme majeure aux É.-U. est quant à elle formelle6 : « Le voyage à vélo [...] est plus populaire que jamais ».

Face à cet engouement, les professionnels s’organisent. Les collectivités locales prennent ces projets au sérieux et les agences de voyages créent des séjours vélo (comme le font les associations de vélo telles que Vélo Québec).

Et comment se retrouver au milieu de tout ça?

Des initiatives éparses se créent un peu partout dans le monde. Tous ces projets devraient être regroupés pour créer une offre globale et homogène. D’où le besoin de créer des labels et des congrès internationaux tels que Vélo City, dont la première édition s’est déroulée à Vancouver en 2012. S’il manque des infrastructures, il manque parfois aussi des outils et des informations.

Au total, huit mois de voyage, plus de 15 000 km parcourus à travers les trois pays d’Amérique du Nord. Voyage exceptionnel. À Cancun, Yan a choisi de revenir au Québec, tandis que Laura a pris l’avion pour Ushuaia (Argentine, Patagonie) afin de poursuivre son voyage en Amérique du Sud jusqu’à Santiago du Chili à travers la fameuse Carretera Australe, paradis des cyclistes. Une pause afin de partir à la découverte du monde, de son environnement et de s’ouvrir l’esprit en rencontrant des gens nouveaux et des situations inédites, c’est ce que ce voyage nous a apporté, et c’est aussi tout ce que l’on vous souhaite en tentant de défendre cette pratique.

1- Plus d’information : quebeccalifornieavelo.canalblog.com.
2- Plus d’information : www.notre-monde-a-velos.com.
3- PEDEBAS LAURA, Les pistes cyclables comme outil au développement culturel du territoire, Développement culturel du territoire, Université de La Rochelle : FLLASH, 2012, 2 tomes.
4- SOULIER Nicolas, Reconquérir les rues, éd. Ulmer, Paris, 256 pages.
5- Source : Vélo Québec L’état du vélo au Québec [disponible en ligne] http://www.velo.qc.ca/files/file/vq/VQ_EV2010_fr.pdf
6- Source : Adventurecycling.org [en ligne] : http://www.adventurecycling.org/about-us/annual-report/

Sur la toile

http://www.lapresse.ca/actualites/grand-montreal/201805/07/01-5174969-des-voies-reservees-aux-autobus-sur-la30-des-septembre.php
18 mai 2018

La Presse

http://www.lapresse.ca/actualites/grand-montreal/201805/09/01-5180496-montreal-aura-son-escouade-mobilite-cet-ete.php
17 mai 2018

La Presse

https://www.ledevoir.com/economie/524835/l-oaci-se-penche-sur-les-drones-et-les-taxis-volants-autonomes
17 mai 2018

Le Devoir